3 raisons pour lesquelles répéter son discours n’est forcément pas la meilleure approche

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Pour parler en public avec confiance et efficacité, que faut-il faire ?

Une rapide recherche en ligne nous montrent un résultat sans appel : à 83%, il faut répéter son discours !

Hé oui ! A en croire les nombreux experts du web, répéter est la solution ultime qui résout tous les problèmes lors de la prise de parole en public. L’alpha et l’omega. La seule bonne règle qui vaille, en fait, en matière de prise de parole en public.

Mais est-ce forcément le cas ? Et est-ce même une approche pertinente pour un cadre ou dirigeant déjà submergé par le travail ?

Examinons cela plus en détail. Voyons en quoi répéter n’apporte pas pas forcément la solution et peut même parfois aboutir au résultat opposé !

1. Ca ne développe pas la confiance face au public.

L’argument généralement avancé est que répéter son discours permet de se l’approprier, retirant ainsi une épine du pied de l’orateur.

Cela semble logique. Si un orateur arrive devant son auditoire en ne maîtrisant pas son contenu, comment pourra-t-il en plus gérer le stress ? Pourquoi alors cela ne fonctionne-t-il pas toujours ? 

Avez-vous déjà assisté à un discours pendant lequel, soudainement, l’orateur s’arrête ? Il reste planté là, sans rien dire. Puis il blêmit, des gouttes de sueur commencent à perler sur son front… 

Que c’est-il passé ? Il a perdu le fil. Le stress face au public était déjà là, mais il le contrôlait en récitant son discours savamment répété. Et à un moment, ce fut le blanc. Un dérapage, même bref, lui a fait perdre le fil. Peut-être un auditeur lui a eu une quinte de toux, une lumière qui s’est allumée au fond de la salle et a attiré son attention, le bruit d’une foule qui sort d’une salle voisine…

Alors que tout était sous contrôle, il a perdu ce contrôle, même pendant un quart de seconde. Il s’est mis à penser à ce qui pouvait se passer, à ce public en face de lui, à ne surtout pas échouer dans la délivrance du discours ! Et ça lui a fait perdre le fil de son récitage. Maintenant, il a un petit trou. Pour tout arranger, plus le blanc se prolonge, plus le stress augmente. Cercle vicieux.

Avoir répété et mémorisé le texte dans des conditions différentes de la réalité n’a pas préparé l’orateur à gérer les incidents. Un dérapage, un trou de mémoire, et c’en est fini de sa performance.

2. Ca ne prépare pas vocalement

Oui, perdre le fil, cela peut arriver. Mais répéter son discours, cela permet au moins de travailler la voie, la modulation, la portée, non ?

Répéter un discours permet en effet de déclamer à haute voix ce qui n’était auparavant qu’écrit. Cela permet d’entendre la sonorité, éventuellement la difficulté de certaines phrases. Il y a pourtant à cela quelques limitations, que nous allons voir maintenant.

Premièrement, le récitage se fait dans des conditions très éloignées de la réalité. Installé devant sa glace, l’orateur ne voit pas le public, il se voit lui ! Il est plus concentré sur son apparence physique que sur son texte. Ne voyant pas le public, il se retrouve à programmer son cerveau à retenir un texte déconnecté de la réaction de la salle. Les grands effets fonctionnent bien face à un miroir, mais qu’en est-il face au public ?

Cette déconnexion entre les conditions du récit age et la réalité de la salle du discours est une des raisons qui font » Sonner « faux » les discours répétés.

Un effet de style, une intonation bien travaillée devant sa glace peut satisfaire l’orateur devant son miroir. Mais si l’effet escompté n’a pas lieu face au public, tout le reste du récitage devient bancal. Consciemment ou non, l’orateur est troublé par la réaction (ou non-réaction) du public.

Alors qu’un discours non répété devant sa glace permet facilement de s’adapter, le discours répété respecte une trame rigide.

Il finit par sonner faux, alors même qu’extérieurement, il semble respecter tous les principes de l’art oratoire.

3. L’étrange vallée

Pourtant, les conférenciers TED répètent énormément leurs discours, jusqu’au moindre détail. Et leurs discours ne sonnent pas faux !

C’ est vrai. Mais ce que nous entendons, c’est la version finale, peaufinée, corrigée et répété un très grand nombre de fois. Ce que l’on entend moins, c’est le passage par la vallée du désespoir. Le conférencier prépare sa conférence et la rédige presque mot à mot. Puis il répète son discours. Comme on peut s’y attendre, les premières fois sont mécaniques. On entend qu’il récite. Puis arrive un moment où il a tellement intériorisé son texte qu’il peut le réciter n’importe quand, à la demande.

On pourrait penser qu’à ce moment, le récitage est fluide. Hé oui ! C’est le cas, c’est fluide. Cependant, ceux qui entendent la conférence pendant cette phase reconnaissent qu’elle sonne bizarrement, qu’il manque une âme. C’est le début de la vallée du désespoir : ce moment où l’orateur connait son texte parfaitement, peut le réciter sans souci, mais n’arrive pas à en être suffisamment détaché pour le rendre naturel. Cela dure des semaines, parfois des mois.

Dans son livre, TED TALKS (Parler en public : TED, le guide officiel), Chris Anderson appelle cela l’étrange vallée (uncanny valley). Son conseil est cependant à l’opposé du notre : il suggère de répéter encore plus, jusqu’à pouvoir réciter son discours en faisant autre chose.

Êtes-vous prêt à traverser cette étrange vallée ? Sans même savoir combien de temps durera la traversée ? Avez-vous la possibilité d’y consacrer tout ce temps, tous les jours, pendant des semaines, voire des mois ? Si oui, alors n’hésitez pas, foncez et répétez !

Sinon, peut-être qu’une autre approche fonctionne…


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