3 situations où les « techniques » de l’art oratoire sont moins importantes que le contenu

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Si, comme moi, vous assez eu droit à des formations en prise de parole en public, vous en avez certainement l’habitude : on commence toujours par travailler la posture, le regard, le mouvement, la portée de la voix, voire même la diction. Il est très rare – presque inexistant – de travailler le contenu d’abord.

Sur l’ensemble des formations et cours auxquels j’ai participé (de gré ou de force, je n’avais pas toujours le choix), il m’est arrivé une seule fois de faire face à un enseignant qui parlait d’abord et surtout du contenu.

Très souvent, les enseignants à l’art oratoire enseignent du point de vue de la prestation physique. L’orateur devient un acteur qui récite un texte.

J’ai en tête 3 situations qui montrent que l’aspect technique de l’art oratoire vient après le contenu, malgré l’impression initiale qui peut faire penser le contraire.

1. Former des maîtres de la dissertation

J’ai eu l’occasion de voir une conférence sur l’art oratoire donnée par un professeur de sciences po. Cette conférence était au demeurant fort intéressante, abordant ainsi de nombreux aspects historiques (ah, la fameuse histoire de Démosthène, piètre orateur devenue la référence à force d’un travail acharné sur la forme du discours…). Là où j’étais plus critique, c’était sur son insistance à enseigner l’art oratoire à partir du corps, en général.

Encore une fois, il convient de rappeler qu’avec l’inversion 3V, nous ne négligeons pas les deux aspects physiques, Visuel et Vocal. Nous les plaçons simplement après un travail approfondi sur le fond, le Verbal. Le contenu doit venir avant le contenant.

Pourtant, me direz-vous, ce professeur a des résultats en insistant sur les aspects physiques en premier lieu (regards, appuis et respiration notamment). Oui, c’est vrai. Mais ne nous laissons pas aveugler par l’arbre qui cache la forêt.

Car finalement, ce que nous voyons, quand nous creusons un peu, c’est qu’il respecte lui aussi l’inversion 3V ! Ses élèves sont à Sciences po, une école où on ne rentre pas par hasard, où la maîtrise de la forme est un pré-requis pour pouvoir seulement passer le concours d’entrée !

Il est sur qu’avec un tel profil, l’approche consistant à travailler la forme avant tout est absolument justifiée. Donner un cours sur les techniques de l’art oratoire, la maîtrise du corps, de la voix et de l’espace est parfaitement valide parce que la maîtrise du contenu et de la préparation du discours est déjà là.

2. Être un maître de la forme

Il y a déjà de nombreuses années, alors que j’étais un jeune consultant participant à un projet trans-national pour un grand constructeur automobile, mes collègues et moi avons eu droit à une rapide formation à la prise de parole en public.

Pour nous remettre dans le contexte, une évolution majeure du projet allait être présentée à une large équipe de Directeurs après-vente venue de tous les coins d’Europe. Comme nous allions avoir à présenter, chacun, certains de nos résultats, nous devions être prêt à faire face au public.

Notre formatrice, limitée par le temps, a du aller vite et s’est donc concentrée sur la forme, avec une caméra vidéo pour nous donner un retour immédiat. C’est d’ailleurs une très bonne approche, que je conseille d’appliquer une fois la préparation optimisée du contenu bien comprise et appliquée. Cependant, notre chef, souhaitant assurer le coup, lui a aussi demandé de faire la première présentation devant le public, le jour J.

Et là, ça n’a pas marché comme prévu. Dans l’incapacité de comprendre l’ensemble du sujet, nouveau pour elle, en si peu de temps, notre oratrice a complètement raté sa prestation. Sa maîtrise des techniques n’était pas à mettre en cause. Des années d’expérience et de coaching à très haut niveau ne permettent pas de douter de ses compétences. Seulement, n’ayant pas la maîtrise du contenu, elle a perdu ses moyens, s’est mise régulièrement à bafouiller, et a plus amusé le public qu’elle ne l’a convaincu.

De son propre aveu, c’était une prestation ratée. Et je pense que ce n’était pas sa faute. La faute est du coté du donneur d’ordre qui lui a demandé d’assurer une présentation sur un sujet qu’elle ne connaissait pas, en se reposant uniquement sur sa maîtrise technique de la forme !

3. Maîtrise technique apparente

La maîtrise technique est importante. D’ailleurs nous y travaillons aussi : l’inversion 3V ne la néglige pas, mais ne fait que la repousser après une expérience suffisante de la création optimisée du contenu.

Lors de cette même série de présentation, mentionnée dans l’exemple ci-dessus, un jeune cadre a également du présenter les évolutions du projet. Cette fois-ci, le contenu était là. Il connaissait parfaitement son sujet. D’un point de vue des techniques de l’art oratoire, c’était bon aussi. Il cochait toutes les cases : prestance, mouvements contrôlés, projection de la voix, pauses appropriées.

Pourtant, le retour de mes collègues sur sa prestation peut être résumé ainsi : « Il a suivi des cours de prise de parole en public, lui, ça se voit. » (petit rire narquois).

Rassuré par sa maîtrise du contenu, il avait en effet poussé trop loin les effets de style. Le discours ne paraissait pas maîtrisé et sincère, mais grandiloquent. Il aurait sans doute été plus efficace (lire : convaincant) avec plus d’imperfections techniques, mais aussi plus d’âme. La concentration visible sur les aspects techniques lors de la délivrance du discours avait fait disparaitre la sincérité ressentie du propos.

En résumé

Il est important d’apprendre les techniques de l’art oratoire. Mais il faut aussi éviter de mettre la charrue avant les boeufs. Dans les 3 exemples ci-dessus, le contenu est toujours plus important que les aspects techniques de la délivrance.

Dans le premier cas, les élèves peuvent se concentrer sur la technique, car ils savent déjà créer du contenu de qualité rapidement.

Dans le deuxième cas, l’absence de maîtrise du contenu rend la maîtrise technique inutile.

Dans le troisième cas, un focus excessif sur la technique a fait perdre l’impact d’un contenu pourtant au niveau.

Lors de votre prochain discours, pensez-y.

Comme pour beaucoup de chose, le fond et la forme sont tous les deux importants, mais il y a un ordre à respecter.


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