La diction ? Une fausse bonne idée.

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Nous avons déjà parlé de l’importance du contenu par rapport à la forme. Nous avons aussi présenté 3 situations où le fond devrait être maîtrisé avant les techniques de l’art oratoire.

Il y aussi une situation particulière, un marronnier de la prise de parole en public qui revient régulièrement. La diction, et les exercices qui vont avec.

Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ?

Vous avez certainement déjà vu ces exercices, les virelangues, qui nous amènent à prononcer une phrase difficile de plus en plus vite et naturellement. Nous entendons déjà les cris d’indignation. Comment oserions-nous prétendre que ces exercices ne sont pas utiles ?

Et bien, en fait, nous ne le prétendons pas. Ils ont leur utilité, dans un contexte bien particulier. Mais ce contexte inclut rarement ceux de l’art oratoire pour cadres et dirigeants.

En effet, en appliquant l’inversion 3V, l’orateur arrive au moment du discours en ayant une bonne maîtrise de son contenu.

En ayant ensuite travaillé les aspects vocaux, dans le bon ordre, il a appris à contrôler le rythme, les silences, la modulation de la voix. S’il a bien pratiqué jusque là, il s’est aussi habitué à préférer le silence à des mots inutiles (tous ces heu et hum qui peuplent trop de discours).

Accompagné d’une pratique régulière, cela s’est accompagné d’une diction qui, si elle n’est pas celle d’un premier prix de la Comédie française, est parfaitement adaptée aux discours dans un cadre professionnel.

La loi de Pareto, comme toujours

Améliorer sa diction, notamment à l’aide des virelangues, n’est pas une mauvaise idée en soi. Nous ne sommes jamais parfaits. Dans le domaine de l’art oratoire comme dans tous les autres, l’amélioration continue est fondamentale.

Le vrai problème se pose en terme de gains par rapport à l’effort demandé. Dans ce domaine, la diction suit aussi la loi de Pareto. 80% des résultats peuvent être obtenus avec des étapes préliminaires plus simples. Le travail du rythme, en nous apprenant à ne pas parler trop vite, évite à la langue de fourcher. L’appropriation des silences nous permet d’apprendre à éviter la précipitation. Le travail sur la modulation et la projection de la voix, du fait des techniques à acquérir, permet déjà aussi d’améliorer la prononciation.

Un travail spécifique sur la diction permettrait de s’améliorer encore, c’est sûr. Mais comme 80% du travail a déjà été fait, l’amélioration ne serait plus que marginale et avec un effort décuplé. Si cela a du sens pour un acteur ou un conférencier professionnel, cela en a-t-il pour un cadre ou dirigeants, dont le temps doit être utilisé avec parcimonie ?

Mais j’ai un cheveu sur la langue !

Evidemment, si vous avez des problèmes de diction, quel qu’il soit (cheveu sur la langue, bégaiement, ou autre), un travail spécifique sur la diction devient nécessaire. Mais ne dépasse-t-on pas le cadre de l’art oratoire pour cadres et dirigeants? N’est-ce pas alors le rôle d’un professionnel de vous accompagner dans ce cas ? On les appelle des orthophonistes, pas des formateurs de prise de parole en pubic…

Pour résumer, la diction est importante. Mais une progression raisonnée dans la pratique orale vous permettrait de ne pas y consacrer directement votre attention. Suivez la logique de l’inversion 3V, travaillez le rythme, les silences, la modulation, et vous n’aurez pas besoin de vérifier si les chaussettes de l’archiduchesse sont sèches.


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